mardi 25 novembre 2008

Death Cab For Cutie au Bataclan (Paris), 23/11/08 vu par Klaus Mohn


Death Cab For Cutie ou l'éternel le paradoxe de l'indie rock : que se passe-t-il quand un groupe unipersonnel à responsabilité limitée devient l'une des entreprises musicales les mieux gérées des Etats-Unis ?
Le groupe de Ben Gibbard s'est longtemps fait rare en France. D'abord trop raffiné pour nous qui ne pensions que "lo-fi de Seattle" ne pouvait vouloir dire que "grunge", Death Cab a trouvé la clé du succès sur l'arête entre rock et pop, jouant à la fois pour les critiques musicaux et pour les génériques de série télé dans le monde entier, sans pour autant toucher les auditeurs de Ouï FM ni de France Inter.

Résultat : alors qu'ils remplissent des stades aux Etats-Unis, Death Cab n'arrivent pas en terrain conquis au Bataclan. Le groupe semble être parti du principe que l'enthousiasme et la bonne humeur de la foule sont fragiles ce dimanche soir d'automne, et ont misé sur une setlist consensuelle et imparable, qui traverse leur discographie en insistant sur les tubes de Plans (2005), l'avant-dernier album, tout en faisant des clins d'œil aux vieux fans (Photobooth est l'improbable deuxième morceau du set). Ben, Chris, Nick et Jason donnent surtout l'impression de savoir pour chaque album quel sont les meilleurs titres.


Death Cab enchaîne vivement les titres comme un groupe professionnel et curieusement dénué d'empathie pour son public. Sur le John Byrd EP (2005), Ben racontait des blagues sur Barry Manilow et discutait avec son public ; pense-t-il que les Parisiens soient si nuls en anglais qu'il ne comprennent rien au-delà de "Are you having a good time?" ? On finit par discuter entre soi dans la fosse, s'amuser des ses mouvements désordonnés à la Kermit de Ben ou de la ressemblance de Chris Walla avec Steve Buscemi, cependant que le son résolument rock et saturé ravit par son extraordinaire clarté. Un rappel rondement mené et le groupe nous salue, avant de remonter au plus vite dans son tour bus de luxe pour retrouver la prochaine ville sur la liste. On reste là, assomé par le bonheur d'avoir vu Death Cab et attristé par le profond désenchantement qui en résulte.

Photos : bolanwasright

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