dimanche 9 novembre 2008

Rubies, Showcase (Paris), 07/11/08






Aller au Showcase, c’est comme être invité à un dîner familial par une tante canulante : dans les deux cas, on est sûr de retrouver les personnes que l’on essaye d'éviter en temps normal et on espère toujours qu’un élément inattendu viendra apporter une distraction bienvenue. Le Showcase, surtout le week-end, garantit son lot de godelureaux arrogants, de donzelles apprêtées et de bières trop chères. Il fallait donc un concert exceptionnel pour nous faire descendre sous le pont Alexandre III un vendredi soir : en l’occurrence, Rubies.

A minuit, la salle est complètement vide, mais la scène est occupée par Natasha –ancienne chanteuse d’AS Dragon-, qui prend des poses agaçantes de rockeuse débridée dans son legging doré. Le lot habituel de chemises bleues (pour les messieurs) et de robes bouffantes (pour les dames) remplissent peu à peu l’espace, jusqu’à ce qu’une apparition magique transforme la soirée : au milieu de la foule surgit un grand rouquin d’une beauté aussi originale que ravissante, flanqué d’une marinière qui achève de lui donner un air ingénu. Erlend Øye, leader de The Whitest Boy Alive et moitié des Kings of Convenience est là. Une surprise aussi parfaite que l’arrivée impromptue d’un ami d’enfance à une soirée rasante de tante Ingrid.

A une heure du matin, le duo californien Rubies monte enfin sur scène. Un peu gênée, Simone Rubi, tête pensante du groupe, s’empare du micro pour entonner Room Without a Key, premier titre de l’album Explode From the Center (2008). Malheureusement, un mauvais contact provoque un grésillement terrible qui surprend l’auditoire peu concentré. Au comble de la gêne, Simone reprend sa chanson, plus rouge que jamais. Elle enchaîne encore deux titres, avant d’avouer être très timide. « Je préfère chanter les choses plutôt que les dire » explique la brunette en continuant ses vocalises. La bassiste Terri Loewenthal est au contraire très à l’aise dans son collant de page moyenâgeux : elle demande au public de se rapprocher, de danser, de taper dans ses mains. Sur Signs of Love, elle suggère même aux personnes du premier rang de s’embrasser, invitation que plusieurs lourdauds prennent au pied de la lettre.

Pour la dernière chanson, Stand In a Line, Rubies proposent à quelques heureux élus –dont Erlend Øye - de les rejoindre sur scène pour danser avec elles. La petite troupe s’exécute avec beaucoup de grâce, alternant les pas de menuet et de kazatchok. Simone descend finalement de son perchoir pour se mêler au public. Dangereuse tentative : un joyeux drille éméché s’empresse de la coller et laisse traîner ses mains baladeuses sur la robe bleue de l’Américaine affolée.

Quelques minutes plus tard, lorsque le groupe se retire, le charme se rompt. Dépouillé de ses étincelants artistes, le Showcase retrouve son apparence habituelle, et il ne reste plus qu’à partir. Laisser derrière soi les garçons aux aguets et les filles endimanchées, prendre un taxi et traverser Paris en rêvant de Californie avec les Rubies.

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