En 1999, ma grande sœur et moi avions conclu un pacte : elle m'accompagnait voir Wild Wild West au cinéma (ce magistral western avec Will Smith dans le rôle d'un James Bond de l'Ouest) si j'allais d'abord voir le cycle Mizoguchi au Saint-André des Arts.
J'étais alors dans une phase de rebéllion assez bête qui consistait principalement en refuser les choix familiaux. Mes parents étaient de gauche, aimaient Ouï Fm, les concerts rock, les spectacles de danse contemporaine au Théâtre de la Ville, les films intellos. Moi je prétendais vouloir voter à droite, j'écoutais Fun Radio, je refusais catégoriquement les concerts, m'endormais devant la danse, et traînais mon père, toujours bonne pâte, voir des navets au cinéma.
Graduellement, j'ai accepté le mode de vie Elman. Je n'ai pas commencé par ce qu'il y avait de plus évident (éteindre Fun Radio), mais par ce qu'il y avait de plus obtus : j'ai développé une passion pour les films asiatiques contemplatifs. Je l'ai d'abord gardée secrète, pour ne pas avoir l'air de rentrer dans le moule familial, et je n'ai pas avoué à ma sœur que je m'étais bien plus ennuyée devant Wild Wild West que devant La Rue de la honte.
En 2000, je suis allée voir ce que je juge aujourd'hui être le meilleur film de tous les temps, A la Verticale de l'été, de Tran Anh Hung. Il ne s'y passe à peu près rien, mais les images sont exceptionnellement esthétiques, les acteurs à la hauteur de la beauté des paysages, et la bande originale contient quatre des plus jolis morceaux que je connaisse. Il y a huit ans, j'avais encore des goûts musicaux assez discutables (voire franchement honteux), mais curieusement, ces chansons m'avaient déjà frappée par leur perfection: Tell Her Tell Her, Pale Blue Eyes, Coney Island Baby, Soaps
Voilà un extrait incompréhensible de la Verticale de l'été (à moins de parler vietnamien):
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