dimanche 30 novembre 2008

Work, work, work (pub, club, sleep)




L'avantage d'être journaliste, c'est qu'on est libre de travailler quand cela nous chante, le week-end par exemple.

Le samedi matin n'existe pas, car il est consacré au sommeil. Le week-end commence donc vers treize heures. Après avoir testé une nouvelle recette très réussie de burger au rôti de porc et bu un café, j'étais prête à enfourcher mon vélo pour trouver des cadeaux d'anniversaire à ma belle-famille. Car comme chacun sait, le Habitat République et la Fnac des Halles sont les deux vraies places to be un samedi après-midi à Paris. Il est dommage que je n'avais pas de it bag pour m'accompagner dans mon périple.

Plutôt que de clore en beauté par un tour au Atac place Hannah Arendt pour faire les courses hebdomadaires, Klaus et moi nous sommes arrêtés place Sainte-Marthe, avons bu chacun deux bières, une coupe de champagne et mangé du foie gras au comptoir, et nous étions un peu gris à vingt heures. Le début d'ébriété nous a permis de trancher un dilemme cornélien: Motel ou Truskel? Les deux. Si le Motel était assurément une bonne idée, le Truskel ne l'était probablement pas: je me suis assoupie sur Nirvana.

Le dimanche est plus généralement consacré aux réunions familiales. Ce 30 novembre ne faisait pas exception. Et c'est assez assommée par le mélange champagne/rhume que je suis rentrée chez moi en fin d'après-midi pour écrire sur le premier album de Those Dancing Days. J'avais décidé de laisser tomber mon style alambiqué, de faire simple, de ne pas chercher trop de mots dans le dictionnaire des synonymes. Finalement, trois parties de bulles et deux heures après, j'ai accouché de la chronique la plus médiocre de l'histoire de la chronique.

Ce lundi matin, je tire deux conclusions de mon week-end: journaliste ou non, le samedi et le dimanche sont rarement des journées de travail, et surtout, on ne change pas de manière d'écrire comme de chemise. En voilà une comparaison triviale. Je suis peut-être sur le bon chemin après tout.

vendredi 28 novembre 2008

Putting The Days To Bed



Aujourd'hui, tout va de travers. Déjà, comment apprécier une journée qui commence par un rendez-vous (collectif) à l'ANPE à neuf heures du matin? Au programme: des discours sur la difficulté d'être journaliste par les temps qui courent, l'inutilité de l'ANPE pour ce genre de métiers ("Tout ce qui compte, c'est le carnet d'adresses, on ne peut pas le faire à votre place"), des propositions très alléchantes de formations de trois jours au diable Vauvert. Non, ce n'était pas évident de se tirer du lit ce matin. Mais je m'étais consolée en prévoyant de déjeuner avec mon amie K, la plus attentive oreille que la terre ait portée. Il fallait au moins une voix familière pour redonner de la couleur à ce morne vendredi. Il se trouve que de la couleur, o miracle, j'en ai eu, mais pas exactement ce que j'attendais. Avant de rejoindre K, j'ai reçu un, deux, trois puis quatre textos d'une autre personne auxquels je n'avais rien à répondre. J'ai décidé de conjurer le sort et remettre les choses à leur place : j'ai appelé l'auteur des textos. Cela a duré longtemps, on ne s'est pas entendus, et j'ai raccroché plus agacée encore. J'ai raté le déjeuner dont je m'étais déjà fait une joie et tandis que je pestais contre le nullité crasse de ce 28 novembre, Klaus m'a envoyé un mail pour me dire qu'il ne pourrait pas venir avec moi comme prévu au concert de The Notwist mardi 10 décembre.

J'ai alors eu ce titre d'album des Long Winters en tête, Putting The Days To Bed, et sans savoir exactement à quoi il fait allusion, je l'ai trouvé juste : j'aurais probablement passé une meilleure matinée si j'étais restée au lit, téléphone éteint. Maintenant, j'écoute une chanson en boucle, Scared Straight, en espérant que plus rien ne vienne déranger ma bulle parfaitement hermétique créée par la répétition d'un même air et d'un même texte:

Washington’s on the one
I’m in the middle of speaking
And you’re under the gun
Seething, leave it to the lone nut
It’s unappealing in someone so young
Plaintive, you’re feeling so washed up
And you mean it when you say you’re done
Five lanes of freeway
But it’s all gone dark
You called to say you’re gonna run
Well, Can you wait?
Can you stand it?
Are you brave or are you scared straight?
She didn’t want you to:
Speak right, be strong, act nice, take so long
Call time, seem tired, leave mad, get so wired
Maybe you belong to someone
Maybe you have finally met them
Maybe smoke belongs in the sky
Maybe I hate it when you cry
You were hurt so you got hard
You were cursed and scolded and scared
You were searched for, then ignored
You want to burn the liars?
You’ll set us both on fire
You’re faking, so I’m pretend sleeping
Waiting for this to be fun
It’s true little miss mean mini-bar guard
We’re gonna have to try something new
Let me breath fire down on you

The Long Winters, Scared Straight (When I Pretend To Fall, 2003).

mardi 25 novembre 2008

Death Cab For Cutie au Bataclan (Paris), 23/11/08 vu par Klaus Mohn


Death Cab For Cutie ou l'éternel le paradoxe de l'indie rock : que se passe-t-il quand un groupe unipersonnel à responsabilité limitée devient l'une des entreprises musicales les mieux gérées des Etats-Unis ?
Le groupe de Ben Gibbard s'est longtemps fait rare en France. D'abord trop raffiné pour nous qui ne pensions que "lo-fi de Seattle" ne pouvait vouloir dire que "grunge", Death Cab a trouvé la clé du succès sur l'arête entre rock et pop, jouant à la fois pour les critiques musicaux et pour les génériques de série télé dans le monde entier, sans pour autant toucher les auditeurs de Ouï FM ni de France Inter.

Résultat : alors qu'ils remplissent des stades aux Etats-Unis, Death Cab n'arrivent pas en terrain conquis au Bataclan. Le groupe semble être parti du principe que l'enthousiasme et la bonne humeur de la foule sont fragiles ce dimanche soir d'automne, et ont misé sur une setlist consensuelle et imparable, qui traverse leur discographie en insistant sur les tubes de Plans (2005), l'avant-dernier album, tout en faisant des clins d'œil aux vieux fans (Photobooth est l'improbable deuxième morceau du set). Ben, Chris, Nick et Jason donnent surtout l'impression de savoir pour chaque album quel sont les meilleurs titres.


Death Cab enchaîne vivement les titres comme un groupe professionnel et curieusement dénué d'empathie pour son public. Sur le John Byrd EP (2005), Ben racontait des blagues sur Barry Manilow et discutait avec son public ; pense-t-il que les Parisiens soient si nuls en anglais qu'il ne comprennent rien au-delà de "Are you having a good time?" ? On finit par discuter entre soi dans la fosse, s'amuser des ses mouvements désordonnés à la Kermit de Ben ou de la ressemblance de Chris Walla avec Steve Buscemi, cependant que le son résolument rock et saturé ravit par son extraordinaire clarté. Un rappel rondement mené et le groupe nous salue, avant de remonter au plus vite dans son tour bus de luxe pour retrouver la prochaine ville sur la liste. On reste là, assomé par le bonheur d'avoir vu Death Cab et attristé par le profond désenchantement qui en résulte.

Photos : bolanwasright

lundi 24 novembre 2008

Art musical



Lundi matin, de la musique avant toute chose.

1. Grandaddy: Where I'm Anymore
2. Belle & Sebastian: Dress Up In You
3. Melpo Mene: Hello Benjamin
4. Mojave 3: You Said It Before
5. Shout Out Louds: I Meant To Call

dimanche 23 novembre 2008

Melpo Mene au Centre culturel suédois (Paris), 19/11/08






Bien fait de sa personne et vêtu avec soin, Melpo Mene aurait l’air parfaitement normal s’il ne se peignait le contour des yeux en rouge : ce maquillage inquiétant semble être le signe irréfragable que quelque chose ne tourne pas rond. Jeudi dernier, en se produisant sur la scène du Centre culturel Suédois à Paris, le jeune compositeur pop-folk nous a confortés dans cette impression. Lorsqu’il arrive avec l’air perdu, il avoue être « très nerveux » à l’idée de jouer devant le public, qui se résume à une cinquantaine de personnes, et commence un « air romantique ». Il enchaîne sur Holes, mais doit s’interrompre car sa guitare est désaccordée. Il accuse le voyage en avion, reprend avec plus de succès. Après chaque chanson, l’auditoire a le droit à une petite histoire. Sa sœur qui a pleuré dans le métro à Stockholm, les problèmes de ménage de son autre sœur qui habite avec un surfer désordonné dans le sud de la France. Car pour contrer sa peur, Melpo Mene a trouvé une solution imparable : il parle. De tout, de sa famille, des relations amoureuses, des différences entre les hommes et les femmes. Il se moque du public, de lui-même, badine. Il annonce son très doux Hello Benjamin en expliquant : « C’est mon tube. C’est mon Smells Like Teen Spirit ». Finalement, on passe un agréable moment en la compagnie de Melpo Mene, tantôt bercé par ses comptines folk sucrées, tantôt ragaillardi par ses plaisanteries. On regrette toutefois que la prestation live déprécie la qualité des chansons : la production léchée et sensuelle des deux albums Holes (2007) et Bring The Lions Out (2008) disparaît derrière le bricolage scénique d'un personnage attachant et abracadabrant.

jeudi 20 novembre 2008

Voleurs modernes




Le trio américano-suédois Thieves Like Us sort son premier effort Play Music cette semaine. Un hommage humble et honnête à la new wave des années 80.

La séparation de New Order est aux journaux musicaux ce que les dossiers sur les hôpitaux sont aux newsmagazines : un marronnier. Pourtant, cette fois, ça a l’air d’être sérieux : Peter Hook ne reviendra pas. Est-ce pour profiter de la place laissée libre qu’une ribambelle d’imitateurs du quatuor mancunien a récemment refait surface ? Au mois de juin, on avait eu le très fade X Marks Destination de The Whip, et voilà que, sortis de nulle part, apparaissent Thieves Like Us. Le nom a le mérite d’être clair. « Thieves Like Us », c’est un film de Robert Altman, mais aussi un single de la bande à Barney datant de 1984. Et lorsqu’on écoute Play Music, il est impossible de ne pas entendre la profonde influence de New Order. Le premier titre, Program of the First Part donne le ton de l’album : il sera question de synthétiseurs, de voix déformée et de beats répétitifs. Drugs In My Body, -sorti d’abord en single chez Kitsune- est l’essence même d’un vrai tube : les paroles joyeusement idiotes (« Go downtown with drugs in my body ») sont en accord parfait avec la voix guillerette et le refrain entêtant. Le passage instrumental de la fin rappelle même l’introduction du génial Bizarre Love Triangle de leurs maîtres. Les douze chansons ne sont cependant pas toutes égales. Certaines, moyennement inspirées, donnent l’impression d’être le résultat d’un exercice de style, en l’occurrence « faire de la musique des années 80 sur de vieux ordinateurs ». Mais elles sont minoritaires, et Play Music, même s’il n’assure pas la relève post New Order, s’écoute avec un plaisir non dissimulé.


Thieves Like Us, Play Music (Sea You Records/Import), Sortie le 17 novembre.

lundi 17 novembre 2008

Cut Copy, Kennedy, Late of the Pier, Metronomy, Hot Chip au Festival des Inrocks, La Cigale (Paris), 16/11/08

Programmation electro-pop pour la dernière soirée du Festival des Inrocks à Paris, dimanche 16 novembre.

Pour assister à cinq concerts en une soirée sans avoir des fourmis dans les jambes, il faut soit chérir par les groupes qui se produisent, soit ingurgiter un nombre de bières suffisant pour ne pas remarquer que cela fait cinq heures qu’on est debout. Dimanche 16 novembre, pour le dernier jour du Festival des Inrockuptibles, la programmation était impeccable : Cut Copy, Kennedy, Late of the Pier, Metronomy, Hot Chip, ou les principaux artistes electro-pop du moment. A priori, la bière ne serait qu’un rafraîchissement contingent bienvenu en cas de chaleur intense.

A 18 heures tapantes, les Australiens Cut Copy ouvrent le bal avec So Haunted, extrait de leur deuxième album In Ghost Colours (2008). La salle est déjà comble, et l’énergie du groupe ne tarde pas à se communiquer au public qui, selon le souhait du leader Dan Whitford, reprend les refrains en chœur. Sept chansons plus tard, sous un déluge de lumières multicolores, Cut Copy disparaît trop tôt pour céder la place à Kennedy.

Kennedy, ou l’exemple type du chanteur à la fois pénible et roublard. Sur l’air de la Guerre des Etoiles apparaît un énergumène déplaisant, entre Philippe Katerine (le pantalon collant à paillettes, le dandinement libidineux) et John Lennon (les lunettes rondes, les cheveux séparés par une raie au milieu) entouré de trois jeunes choristes endimanchées. Visiblement très désireux de nous faire profiter de la grâce de son postérieur, l’Américain frétille dans tous les sens, reprend lamentablement Holiday de Madonna avant de se faufiler dans le public et de disparaître mystérieusement dans les coulisses, sans annoncer son départ. Les trois godiches sur scène se tordent les mains, sous les huées de la foule. Rien n’y fait : le bonhomme a pris la poudre d’escampette, et c’est tant mieux.

Une demi-heure plus tard apparaît Late of the Pier. Les cinq Anglais ont tôt fait de nous fracasser les oreilles à coup de synthétiseurs et de guitares. On prend conscience que l’electro-punk est un beau concept, mais qu’il peut se révéler assez difficile d’accès. N’importe, le public semble apprécier la performance, et des pogos commencent à se former aux premiers rangs. La verdeur de Samuel Eastgate et de ses compères fait oublier la nullité de la performance de Kennedy, et c’est avec bonne humeur qu’on les regarde saluer le public : avec un peu de chance, Metronomy y mettra autant de cœur.

Le leader de Metronomy, Joseph Mount, a déclaré cette année qu’un concert devait être « a bit of fun », et que c’était la raison pour laquelle le trio portait des lumières sur leurs t-shirts. En tant que spectateur, l’impact « rigolo » des lampes sur les pectoraux n’était pas évident. Les chansons s’enchaînent naturellement, sans éclat particulier. On pourrait aussi écouter l’album Nights Out (2008) chez soi : le spectacle des trois sur scène est sympathique, mais ne présente pas grand intérêt.

Enfin, dans une atmosphère suffocante, Hot Chip investit les lieux. Que le chanteur Alex Taylor ne soit pas grand n’est pas une surprise. Mais quand il entre sur scène, on a du mal à croire que c’est ce petit bonhomme avec son allure de gratte-papier qui a donné naissance à la dance musclée de Made In the Dark (2008) et à la douce pop électronique de The Warning (2006). Entre les deux, le choix est d’ailleurs rapidement fait : Hot Chip joue essentiellement son dernier album. Le son, puissant comme celui de Late of the Pier déchire les tympans, mais, à la différence de celui de ses cadets, sans aucun charme. Le groupe enchaîne les morceaux véhéments dans un brouillard sonore qui ne rend pas justice à la beauté de certaines de ses compositions. Même le single Over and Over se fond dans un brouhaha irritant qui finit par nous détraquer la tête. En même temps que notre cerveau se ramollit, nos jambes flanchent, la bière ne les sauvera pas. Il faut rentrer, et se mettre un disque de Cut Copy, parce que ce soir là, les Inrocks avaient réservé le meilleur pour le début.

dimanche 9 novembre 2008

Rubies, Showcase (Paris), 07/11/08






Aller au Showcase, c’est comme être invité à un dîner familial par une tante canulante : dans les deux cas, on est sûr de retrouver les personnes que l’on essaye d'éviter en temps normal et on espère toujours qu’un élément inattendu viendra apporter une distraction bienvenue. Le Showcase, surtout le week-end, garantit son lot de godelureaux arrogants, de donzelles apprêtées et de bières trop chères. Il fallait donc un concert exceptionnel pour nous faire descendre sous le pont Alexandre III un vendredi soir : en l’occurrence, Rubies.

A minuit, la salle est complètement vide, mais la scène est occupée par Natasha –ancienne chanteuse d’AS Dragon-, qui prend des poses agaçantes de rockeuse débridée dans son legging doré. Le lot habituel de chemises bleues (pour les messieurs) et de robes bouffantes (pour les dames) remplissent peu à peu l’espace, jusqu’à ce qu’une apparition magique transforme la soirée : au milieu de la foule surgit un grand rouquin d’une beauté aussi originale que ravissante, flanqué d’une marinière qui achève de lui donner un air ingénu. Erlend Øye, leader de The Whitest Boy Alive et moitié des Kings of Convenience est là. Une surprise aussi parfaite que l’arrivée impromptue d’un ami d’enfance à une soirée rasante de tante Ingrid.

A une heure du matin, le duo californien Rubies monte enfin sur scène. Un peu gênée, Simone Rubi, tête pensante du groupe, s’empare du micro pour entonner Room Without a Key, premier titre de l’album Explode From the Center (2008). Malheureusement, un mauvais contact provoque un grésillement terrible qui surprend l’auditoire peu concentré. Au comble de la gêne, Simone reprend sa chanson, plus rouge que jamais. Elle enchaîne encore deux titres, avant d’avouer être très timide. « Je préfère chanter les choses plutôt que les dire » explique la brunette en continuant ses vocalises. La bassiste Terri Loewenthal est au contraire très à l’aise dans son collant de page moyenâgeux : elle demande au public de se rapprocher, de danser, de taper dans ses mains. Sur Signs of Love, elle suggère même aux personnes du premier rang de s’embrasser, invitation que plusieurs lourdauds prennent au pied de la lettre.

Pour la dernière chanson, Stand In a Line, Rubies proposent à quelques heureux élus –dont Erlend Øye - de les rejoindre sur scène pour danser avec elles. La petite troupe s’exécute avec beaucoup de grâce, alternant les pas de menuet et de kazatchok. Simone descend finalement de son perchoir pour se mêler au public. Dangereuse tentative : un joyeux drille éméché s’empresse de la coller et laisse traîner ses mains baladeuses sur la robe bleue de l’Américaine affolée.

Quelques minutes plus tard, lorsque le groupe se retire, le charme se rompt. Dépouillé de ses étincelants artistes, le Showcase retrouve son apparence habituelle, et il ne reste plus qu’à partir. Laisser derrière soi les garçons aux aguets et les filles endimanchées, prendre un taxi et traverser Paris en rêvant de Californie avec les Rubies.

vendredi 7 novembre 2008

Thomas VDB: En rock & en roll




En vieillissant, on se rend compte que notre existence est influencée par deux facteurs fondamentaux: le timing, et les choix que l'on fait. Prenez par exemple, en ces temps fâcheux de crise financière et d’ébranlement du système capitaliste, quelqu’un qui se lance à la recherche d’un travail. Il n’est pas verni, mais il n’y peut rien si les banques font faillite en même temps qu’il envoie son CV. C’est du mauvais timing. Si le malheureux s'est de surcroît décidé pour un secteur en pleine récession, comme le journalisme musical par exemple, on peut alors dire qu’il est sacrément dans la panade.

En attendant de se sortir de son pétrin ou de se réorienter plus judicieusement, le jeune journaliste chômeur peut aller se consoler avec le spectacle de Thomas VDB, (Vandenberghe de son vrai nom), ou l’exemple parfait d’une vocation accomplie et d’une reconversion réussie. Ancien rédacteur au magazine Rock Sound, Vandenberghe a abandonné l’écriture pour se consacrer entièrement au métier de comique. Il raconte son expérience du monde de la musique dans En rock & en roll, one man show présenté tous les soirs au théâtre du Temple à Paris.

Thomas VDB accomplit un tour de force : il réussit à rendre accessible un sujet a priori réservé aux initiés -la science du rock’n’roll- au travers d’anecdotes amusantes et de jeu de mots franchouillards. Il évoque avec humour les réticences de sa mère face à son passion pour le rock, son entretien d’embauche à Rock Sound, ses interviews cocasses avec des personnalités allant de Jean-Louis Murat à des chanteurs de groupe de métal scandinaves. Lorsqu’il parle de sa rencontre avec Tommy Lee, batteur de Mötley Crüe et ex-mari de Pamela Anderson, il ne manque pas de mentionner la sextape que le rockeur a enregistrée avec son ancienne compagne. Il tourne joyeusement en ridicule les paroles dramatiques de Still Loving You des Scorpions, ainsi que la mort accidentelle du chanteur de AC/DC, Bon Scott, dans son vomi.

Inutile donc de s'être plongé dans l'Encyclopédie du Rock pour apprécier pleinement ce spectacle sans sketches distincts, où Thomas raconte sa vie librement, en s’autorisant des digressions. En plus de nous faire rire, il offre l’inestimable chance de rencontrer quelqu’un qui met dans un même et grand sac (poubelle), Cali, Christophe Maé, Manu Chao, Jean-Louis Aubert et tous les autres pénibles hurluberlus curieusement étiquetés « rockeurs ».

Alors certes, VDB a délaissé son métier de journaliste et les temps sont devenus plus rudes, mais qu’importe ? En rock & en roll nous laisse un sourire aux lèvres, et l’envie de persévérer, pour un jour, comme Thomas Vandenberghe, pouvoir parler du métier de nos rêves : le notre.


Thomas VDB, En rock & en roll, jusqu'au 21 décembre au Théâtre du Temple, 18 rue du Faubourg du Temple, Paris 11e. Tous les jours à 21h30, sauf mardi. Tel: 01 43 38 23 26.

http://www.thomasvdb.com/

mercredi 5 novembre 2008

Braconnage Pop




Deerhunter, quatuor américain emporté par le génial et tapé Bradford Cox, délivre avec son troisième album la preuve indéniable de son génie: à la croisée du rock et de l'ambiant, Microcastle est un échantillon de pop moderne de la plus pure espèce.

Les Anglo-Saxons ont coutume de dire qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture. Aujourd’hui, ils pourraient moderniser leur sempiternelle sentence et mettre en garde contre les noms de groupes trompeurs. Deerhunter en est un bon exemple: un chasseur de cerfs, a priori, ça ne laisse augurer rien de bon. Ignorer leur nouvel album Microcastle serait cependant une grave erreur de jugement. En dépit d’une discographie déjà fournie de trois Lp encensés outre-Atlantique et d’une carrière chaotique marquée par le décès de leur premier bassiste et le caractère exubérant du leader Bradford Cox, le quatuor d’Atlanta n’a pas encore marqué les esprits français. Mais leur dernier Lp, Microcastle, plus apaisé que ses prédécesseurs, mériterait pourtant qu’on reconnaisse Deerhunter à sa juste valeur. A la croisée de l’ambient et du rock garage, il parvient à fusionner des genres a priori opposés pour créer une pop riche proche du mouvement shoegaze des années 90. Les samples aériens se heurtent aux effets de guitare, la voix étouffée de Cox est tantôt mise en valeur par un accompagnement vaporeux, ou fait tantôt surface derrière un mur de son digne du Loveless (1991) de My Bloody Valentine. Microcastle surprend par la diversité de ses influences et la maîtrise parfaite avec laquelle le groupe s’en sert pour créer un son original. Plusieurs chansons frappent par leur simplicité et leur achèvement, à l’instar de Cover Me (Slowly), où l’entêtant refrain « Cover me, confort me » répété par Cox est tellement persuasif qu’il en devient effrayant. Ecouter en 2008 un disque qui rénove magistralement le shoegaze des années 90, c’est une chose, mais tomber amoureuse du chanteur, ça, c’était seulement dans les années 90.

Deerhunter, Microcastle (4AD), sortie en France le 28 octobre.

mardi 4 novembre 2008

Vacances folk




Marc Bianchi, alias Her Space Holiday, opère un virage
folk radical et parfaitement maîtrisé sur son nouvel album Xoxo, Panda And The New Kid Revival, à paraître lundi prochain.

De même que l’on tombe rarement amoureux de la personne que l’on soupçonnait pourtant capable de soulever en nous une grande passion –et bien plus souvent de ceux qu’on n’avait pas envisagé comme potentiel(le)s prétendant(e)s-, les disques qui nous marquent le plus ne sont ordinairement pas ceux auxquels on s’attend. Le nouveau Her Space Holiday fait partie de ceux-là. Il y a trois ans, Marc Bianchi nous laissait sur The Past Presents the Future, un album en grande partie composé sur ordinateur, dont la froide beauté n’avait d’égal que la tristesse synthétique. Alors qu’on le croyait définitivement rangé dans la catégorie indietronic, Bianchi, à l’instar du bougre qu’on n’avait pas remarqué et qui devient l’objet de notre affection, opère un changement radical et triomphe de notre cœur ignorant. Sur Xoxo Panda, on retrouve sa caractéristique affliction, mais plus aucune trace d’équipement électronique. La guitare, la batterie, la basse, l’harmonica, le glockenspiel ont tout balayé : Marc fait du folk. Sa voix s’adapte, se pose délicatement sur les ballades (My Crooked Crown), s’énerve si nécessaire (The Telescope), s’épanouit sur un Lp d’une logique parfaite. En introduction, The New Kid Revival annonce la couleur: « Let’s start the New Kid Revival/ We’ll make it up as we go along ». Suivent treize chansons aériennes, émouvantes et entêtantes, à l’image de The Heartbreak Moment et de son éloquente accroche : « I used to think that being alone/ Would some how simplify my life ». My Crooked Crown, irrésistible dans sa simplicité, achève de nous convaincre que Marc Bianchi délivre sous son masque de Panda son plus bel album. Celui qu’en plus d’écouter avec plaisir, on gardera comme le signe d’un avertissement divin : le coup de foudre n’est jamais où on l’attend.

Her Space Holiday, Xoxo Panda And The New Kid Revival (Wichita / Cooperative Music), sortie en France le 10 novembre.

http://www.myspace.com/xoxopanda

lundi 3 novembre 2008

Crise financière, crise culturelle?

Depuis plus d'un mois, on nous rebat les oreilles de la crise financière. Mais quel impact a-t-elle vraiment sur notre vie quotidienne? Le capitalisme est-il en train de céder la place au babouvisme? Enquête sur la consommation de culture des Français dans une période mouvementée.

En décembre dernier, le journaliste américain Don Morrison s’attirait les foudres de la presse française en publiant un article dans le Time titré « La mort de la culture française ». « Nommez une pop star française qui ne soit pas Johnny Halliday » s’amusait Morrison. Les journalistes de l’Hexagone, profondément agacés, lui renvoyaient Daft Punk et autres Manu Chao à la figure. Un an après, la question du déclin de la culture française se pose toujours, mais sous un angle économique : la crise financière américaine pourrait avoir des conséquences sur la consommation de culture des Français, inquiets pour leur porte-monnaie.

C’est un fait : dans les périodes de ralentissement économique, les dépenses qui ne sont pas absolument nécessaires, comme la culture et les loisirs, sont les premières sur lesquelles on se serre la ceinture. Selon cette logique, lors d’une crise aiguë comme celle traversée actuellement, la culture en France devrait être en mauvaise posture.

Pourtant, ce n’est pas ce qu’on a pu observer récemment : trois semaines après la faillite de Lehman Brothers et la reprise de Merill Lynch par Bank of America, la Nuit Blanche a rassemblé dans la nuit du 4 octobre plus d’un million de personnes (soit 50% de plus que l’année précédente). Au Grand Palais à Paris, on se félicite du grand nombre de réservations déjà effectuées pour l’exposition « Picasso et les maîtres ». Et le cinéma se porte bien, avec, sur les huit premiers mois de l’année, 2,3% d’entrées en plus en 2008 qu’en 2007.

Ce fossé entre prévisions catastrophiques et réalisations concrètes ne remet pas en cause cent ans de théorie économique, mais invite à réfléchir sur la surmédiatisation de la crise financière. Bien que ses enjeux soient énormes, elle touche seulement une sphère très supérieure de l’économie mondiale, et non la sphère quotidienne. « Le gouvernement n’a pas annoncé un plan d’austérité, explique Bruno Maresca, responsable des évaluations des politiques publiques au CREDOC. La crise fait peur, mais les gens sont incrédules et ne comprennent pas en quoi ils sont concernés. La faillite de Lehman Brothers ne les empêchera pas d’aller au cinéma ». D’autant que les plus gros consommateurs de culture sont les jeunes, étudiants ou salariés, que les variations du Dax et du Dow ne perturbent pas outre mesure.

Autre facteur important, crise ou pas crise, la culture est devenue chère ces dix dernières années. Le prix des entrées pour le musée, les spectacles et le cinéma ont augmenté de manière vertigineuse (déboursez 11 € pour la séance du samedi soir au Gaumont à Paris). Et de plus en plus, la consommation de culture ne concerne qu’une partie aisée de la population. Celle qui, même si elle doit restreindre ses dépenses, trouvera toujours 12 € à investir dans une exposition sur Picasso. Une inflation qui explique également l’engouement pour les manifestations culturelles gratuites comme la Nuit Blanche.

« Il est encore tôt pour juger des effets de la crise, mais ce qui certain, c’est qu’elle est hyper médiatisée, et qu’elle excite plus la blogosphère et les journalistes que les Français moyens, constate Maresca. Les gens sont des grands enfants, ils ont peur, mais sont tout de même tentés de consommer. » Gageons que Don Morrisson avait tort, et que ni l’oncle Sam ni les frères Lehman ne viendront à bout des fantaisistes Français, encore prêts à investir leurs kopeks pour la culture par temps de crise.

3GIRLS: Troy Balthazar's first novel




Troy von Balthazar’s music may always lead us into a feeling of deep sadness, but his first novel 3GIRLS gives us the benefit of the doubt. In around forty pages, his narrator travels across Europe, takes us back to California, and shares his existential and musical considerations on the way. We almost want to follow that solitary walker lost in his reveries, if only just to meet all that unbelievably beautiful women he keeps talking about. More than a novel, 3GIRLS resembles a “semi-autobiographical prose mutation” – in the author’s own words. The anonymous narrator is a quite tortured songwriter who suffers from various pains: the toughness of living in his own body, of feeding himself, of creating. The Annas, Emilies and other Venuses he meets on his European trip leave his heart broken and his soul wandering. Or it’s at least what we think we’ve understood. Balthazar’s songs are straightforward in their sorrow, but his writings are much more nebulous and sometimes close to unintelligible, with sentences like “All of Sweden at my doorstep, as modern as making love”. And while Troy’s music is seriously tragic, things go differently for this work; the presentation of the book itself breaks the literary pact of fiction and invites the reader to distance himself from the content: each page is a different picture of hands holding the book open, as if someone else was reading in our place. Thus we read 3GIRLS like we should: with the detached and pleasant voyeurism of a person who’s enjoying the beauty of a sibylline text without stocking our necks out.

Troy Balthazar, 3GIRLS (Steffi Glass / Nellu/aufauf.com)
3GIRLS is available at the Galerie Yvon Lambert (au 108 Rue du Temple, 75003 Paris) and on www.sinnbus.de

http://www.troyvonbalthazar.net
http://www.myspace.com/troyvonbalthazar

dimanche 2 novembre 2008

I’m From Barcelona, Le Bataclan (Paris), 31/10/08







Le 31 octobre, alors que certains revêtaient consciencieusement leurs tenues de Halloween, d’autres se préparaient à une fête d’un tout autre genre : I’m From Barcelona investissait le Bataclan à Paris. Accompagné en première partie par le groupe français Revolver –dont la guitare mélancolique rappelait celle des Kings of Convenience- le collectif suédois était en effectif réduit : seize musiciens au lieu de trente. En compensation, la salle était comble. Un peu engourdi par la mollesse de Revolver, le public s’est réveillé à l’extinction des lumières et lorsque le bruissement de trente-deux pieds sur scène a marqué le début des festivités. Emanuel Lundgren, très solennel dans sa veste de collégien rouge, était assorti au quinze autre membres, tous de blanc, de noir ou de rouge vêtus. Les filles aux lunettes surdimensionnées faisaient concurrence aux barbus et aux chauves, brisant le mythe des grands Suédois à la blondeur Marilyn. Après avoir interprété trois chansons issues de leur deuxième Lp,
Who Killed Harry Houdini ? (2008), les faux Barcelonais se sont adonnés à leur rituel favori : le lâcher de ballons et de confettis. Dès lors, la fête a vraiment commencé : à la manière d’un match de volleyball, l’auditoire enthousiaste à joué les Jeanne et Serge en se renvoyant les ballons dans les airs. Un summum d’enthousiasme a été atteint lorsqu’Emanuel a entonné Treehouse après le rappel ; probablement ému par l’exaltation du public, le chanteur chevelu a fait part de son rêve de vivre à Paris un jour, ce qui valut une nouvelle rafale de confettis. Et alors que le concert était déjà fini, surgissant de la pénombre, la troupe est réapparue au milieu du public, un haut-parleur à la main, prête à enregistrer un « concert à emporter ». En les regardant gagner la sortie, ébaubi, un constat s'imposait à notre esprit béat :
plutôt qu’une boîte de Prozac, les médecins devraient simplement prescrire à leurs patients mélancoliques un bon concert de I’m From Barcelona.