Programmation electro-pop pour la dernière soirée du Festival des Inrocks à Paris, dimanche 16 novembre.Pour assister à cinq concerts en une soirée sans avoir des fourmis dans les jambes, il faut soit chérir par les groupes qui se produisent, soit ingurgiter un nombre de bières suffisant pour ne pas remarquer que cela fait cinq heures qu’on est debout. Dimanche 16 novembre, pour le dernier jour du Festival des Inrockuptibles, la programmation était impeccable : Cut Copy, Kennedy, Late of the Pier, Metronomy, Hot Chip, ou les principaux artistes electro-pop du moment. A priori, la bière ne serait qu’un rafraîchissement contingent bienvenu en cas de chaleur intense.
A 18 heures tapantes, les Australiens Cut Copy ouvrent le bal avec So Haunted, extrait de leur deuxième album In Ghost Colours (2008). La salle est déjà comble, et l’énergie du groupe ne tarde pas à se communiquer au public qui, selon le souhait du leader Dan Whitford, reprend les refrains en chœur. Sept chansons plus tard, sous un déluge de lumières multicolores, Cut Copy disparaît trop tôt pour céder la place à Kennedy.

Kennedy, ou l’exemple type du chanteur à la fois pénible et roublard. Sur l’air de la Guerre des Etoiles apparaît un énergumène déplaisant, entre Philippe Katerine (le pantalon collant à paillettes, le dandinement libidineux) et John Lennon (les lunettes rondes, les cheveux séparés par une raie au milieu) entouré de trois jeunes choristes endimanchées. Visiblement très désireux de nous faire profiter de la grâce de son postérieur, l’Américain frétille dans tous les sens, reprend lamentablement Holiday de Madonna avant de se faufiler dans le public et de disparaître mystérieusement dans les coulisses, sans annoncer son départ. Les trois godiches sur scène se tordent les mains, sous les huées de la foule. Rien n’y fait : le bonhomme a pris la poudre d’escampette, et c’est tant mieux.
Une demi-heure plus tard apparaît Late of the Pier. Les cinq Anglais ont tôt fait de nous fracasser les oreilles à coup de synthétiseurs et de guitares. On prend conscience que l’electro-punk est un beau concept, mais qu’il peut se révéler assez difficile d’accès. N’importe, le public semble apprécier la performance, et des pogos commencent à se former aux premiers rangs. La verdeur de Samuel Eastgate et de ses compères fait oublier la nullité de la performance de Kennedy, et c’est avec bonne humeur qu’on les regarde saluer le public : avec un peu de chance, Metronomy y mettra autant de cœur.

Le leader de Metronomy, Joseph Mount, a déclaré cette année qu’un concert devait être « a bit of fun », et que c’était la raison pour laquelle le trio portait des lumières sur leurs t-shirts. En tant que spectateur, l’impact « rigolo » des lampes sur les pectoraux n’était pas évident. Les chansons s’enchaînent naturellement, sans éclat particulier. On pourrait aussi écouter l’album Nights Out (2008) chez soi : le spectacle des trois sur scène est sympathique, mais ne présente pas grand intérêt.

Enfin, dans une atmosphère suffocante, Hot Chip investit les lieux. Que le chanteur Alex Taylor ne soit pas grand n’est pas une surprise. Mais quand il entre sur scène, on a du mal à croire que c’est ce petit bonhomme avec son allure de gratte-papier qui a donné naissance à la dance musclée de Made In the Dark (2008) et à la douce pop électronique de The Warning (2006). Entre les deux, le choix est d’ailleurs rapidement fait : Hot Chip joue essentiellement son dernier album. Le son, puissant comme celui de Late of the Pier déchire les tympans, mais, à la différence de celui de ses cadets, sans aucun charme. Le groupe enchaîne les morceaux véhéments dans un brouillard sonore qui ne rend pas justice à la beauté de certaines de ses compositions. Même le single Over and Over se fond dans un brouhaha irritant qui finit par nous détraquer la tête. En même temps que notre cerveau se ramollit, nos jambes flanchent, la bière ne les sauvera pas. Il faut rentrer, et se mettre un disque de Cut Copy, parce que ce soir là, les Inrocks avaient réservé le meilleur pour le début.
